Fin du monopole des services funéraires : “aux origines de mon combat”
Le 8 janvier 1993 fut votée la fin du monopole dans le secteur funéraire. En ce 8 janvier 2026, plus de 30 ans après, nous vous proposons le premier article de notre série consacrée au parcours de Michel Leclerc pour la liberté funéraire.
A l’orée de ses 87 ans, Michel Leclerc prend le temps de nous raconter son histoire, son parcours, son combat pour la levée du monopole dans le secteur funéraire. Des souvenirs très nets, un passé ancré jusqu’à la moelle de cet homme droit, persévérant, authentique. Mais alors Michel, d’où vous est venu cet engagement aussi pugnace ?

Entendre Michel Leclerc décrocher son téléphone à 10h pétantes, dire “allô” sa voix grave et calme puis prononcer les premières phrases de politesse, c’est comme entrer dans une caverne aux histoires. On le sent instantanément, son timbre et ses mots vont nous mettre quelque temps à l’abri de l’agitation du monde. Les phrases prennent toute leur place et plus rien n’existe autour, seulement ce creuset du passé qui a tant influé sur le présent : tel est le pouvoir des personnes qui ont déjà bien vécu et qui savent le raconter. Alors au bout du fil, on s’assoit, on écoute, on questionne. A quel moment de votre vie, Michel Leclerc, ce sentiment d’injustice concernant le monopole de l’Etat dans le secteur funéraire a-t-il fait surface ? La question se pose alors qu’en France, l’organisation des funérailles était attribuée à l’Etat, plus précisément aux seules communes depuis la loi du 28 décembre 1904. Face à ce genre de figure si instituée, seules une conviction et une opiniâtreté de géant peuvent faire bouger les lignes. Et c’est justement ces deux points qui ont animé Michel Leclerc, sa carrière durant.
Ma petite entreprise
“Ma première rencontre avec la notion de monopole s’est faite dans le monde de la grande distribution”, dans une tranche de vie où Michel Leclerc a vu éclore une toute petite entreprise du secteur alimentaire qui allait, un jour, entrer dans la cour des grands, celle de son grand frère Edouard (1926-2012).
Le jeune Michel alors âgé de 12 ans était volontaire, impliqué dans l’entreprise de cette petite épicerie
En décembre 1949, Edouard Leclerc ouvrait “sa toute première épicerie dans le grenier familial au-dessus de l’étable des vaches à Landerneau (Finistère), puis dans une plus grande boutique au 13 rue des Capucins”, se souvient Michel Leclerc. Il ne vendait alors que du savon, de l’huile et des gâteaux. Tout était artisanal. L’huile arrivait en fût et était transférée dans des bouteilles au préalable lavée puis étiquetée et bouchonnée”.
A cette époque, le jeune Michel alors âgé de 12 ans était volontaire, impliqué dans l’entreprise de cette petite épicerie. Bras de chemise remonté, l’adolescent aidait à la vie de l’épicerie (parmi les 15 frères et sœurs que composaient cette grande famille Leclerc).
“J’ai vu mon frère se battre pour se positionner face aux fournisseurs du secteur alimentaire qui empêchaient ses livraisons, et il y a eu beaucoup de moments difficiles”, Michel Leclerc
Faire tomber le monopole des stations-service
En grandissant à côté de cette belle affaire du grand frère, Michel Leclerc s’est imprégné de ce leitmotiv, de cette montée en puissance progressive, et en a fait sa propre affaire humaine. “J’ai vu mon frère se battre pour se positionner face aux fournisseurs du secteur alimentaire qui empêchaient ses livraisons, et il y a eu beaucoup de moments difficiles, témoigne-t-il. C’est en 1960 qu’Edouard Leclerc dénonce le système de monopole. C’est-à-dire “l’ensemble des pratiques anticoncurrentielles des concurrents auprès des pouvoirs publics qui garantissent, à travers la circulaire Fontanet, parue le 31 mars 1960, la libre concurrence dans le commerce”.
“A ce moment-là, j’ai compris que le monopole nuisait à la France, qu’il faisait barrage à l’économie de la France, raconte Michel Leclerc. J’ai compris à quel point la liberté d’entreprendre et la fixation des prix sur le marché relevaient d’un combat pour faire grandir un marché”, Michel Leclerc
“A ce moment-là, j’ai compris que le monopole nuisait à la France, qu’il faisait barrage à l’économie de la France, raconte Michel Leclerc. J’ai compris à quel point la liberté d’entreprendre et la fixation des prix sur le marché relevaient d’un combat pour faire grandir un marché, et à quel point ce combat était politique, économique, médiatique”, complète Michel Leclerc.
“Quelques années plus tard, quand j’étais étudiant à Paris, on est venu me chercher dans mon école d’ingénieurs pour me proposer un travail. Une mission livrée par De Gaulle qui consistait à recevoir des wagons d’artichauts en gare de Montparnasse et d’aller les vendre dans les rues de Paris.” Le tout premier travail d’une vie. “De Gaulle m’avait dit ‘Jeune homme, il faudra persévérer, longtemps, les barrages seront immenses’”, relate Michel Leclerc. Des mots révélateurs, déclencheurs pour Michel Leclerc qui, après son service militaire, son poste au sein des centres Leclerc, puis dans l’industrie, s’attaqua à son premier combat.
C’est au début des années 1980 qu’il œuvra pour lever le monopole dans le secteur des carburants, en installant sa propre station-essence sur la Nationale 1, à Chambourcy précisément.
« Vous voulez vraiment rester assujetti aux pétroliers ? Si oui, ça vous regarde, mais moi, je ne veux être assujetti à personne”.
“C’était une période où les prix avaient flambé, se souvient Michel Leclerc. A ce moment-là, je voulais à tout prix faire baisser le prix de l’essence. Les prix que nous pratiquions étaient de l’ordre de 12 à 15% moins cher”. Et combien de temps a duré ce combat ? “Cela a été long pour obtenir la liberté, mais beaucoup moins long que dans le secteur des pompes funèbres, parce que le gouvernement s’est aperçu que c’était la seule solution pour faire baisser les prix du carburant.”
Et Michel Leclerc n’a pas fait les choses à moitié. On en veut pour preuve : “Un jour, les pompistes concurrents, qui travaillaient pour les groupes pétroliers, étaient venus pour occuper ma station-essence et ainsi empêcher mes clients de faire le plein. Si je m’en souviens bien, c’était dans la station-essence de Mulhouse. Alors là, j’ai fait venir un camion munie d’une grande grue, et j’ai enlevé toutes leurs voitures une à une pour les mettre dans le champ voisin. Quand ils ont vu que je prenais cette disposition-là, ils sont partis”. On a rien sans rien ! “Avant de prendre cette disposition, j’étais tout de même allé les voir pour leur demander : “Que voulez-vous faire ? Vous voulez vraiment rester assujetti aux pétroliers ? Si oui, ça vous regarde, mais moi, je ne veux être assujetti à personne”.
Il y a eu d’autres situations assez atypiques, comme le fait de “retrouver ma station service repeinte par la concurrence du jour au lendemain, ou encore de faire partir des pompistes concurrents qui occupaient ma station service à Toulouse en les aspergeant avec des extincteurs”!
“Voici les origines, les racines de mon combat livré pour ensuite lever un autre monopole, contre le secteur funéraire. Cette histoire est l’environnement dans lequel je me trouvais lorsque ce combat est venu à moi”, affirme Michel Leclerc. “Une lutte vers un monde concurrentiel, plus ouvert, plus libre et plus juste dans le monde du funéraire, pour prendre soin de la mort, des rites, et des deuils dans l’intérêt des familles”.
Suite au prochain épisode pour entrer dans le vif de l’engagement de Michel Leclerc dans le secteur funéraire.
Article écrit par Laura Bourgault
Sources
- Interview Michel Leclerc, le 12 septembre 2025
- Histoire et Archives. Biographie détaillée d’Edouard Leclerc. Consulté en octobre 2025. En ligne : https://www.histoireetarchives.leclerc/thematiques/portraits-et-temoignages/biographie-detaillee-d-edouard-leclerc
- La Fédération Nationale du Funéraire. L’histoire du funéraire. Consulté en octobre 2025. En ligne : https://federation-fnf.fr/histoire-du-funeraire/#:~:text=La%20loi%20du%2028%20d%C3%A9cembre,habilitation%20pr%C3%A9fectorale%20des%20op%C3%A9rateurs%20fun%C3%A9raires
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